A

Acteur

Si ce dictionnaire ne devait conserver qu’un mot, qui à lui seul puisse être le théâtre, dire tout de lui, ce serait sans aucun doute ce mot là, acteur.
Le hasard et la nécessité veulent que dans la langue française il soit dans notre abécédaire à la première lettre ; c’était pour nous un signe, une vérité : au théâtre tout commence par l’acteur. Sans acteurs, les autres mots perdent leur sens. Pouvez-vous imaginer un théâtre sans acteurs ? De qui sommes-nous amoureux au théâtre, du décor, des costumes, des accessoires ? Accessoires, ce dernier mot aurait du le devancer dans l’ordre des lettres alors nous avons du nous résoudre à l’éliminer de cette liste ! Sans remord ? Je ne sais pas. Il n’y a pas de théâtre sans crime ! Et le crime fait naitre le remord. Mais dirions nous honnêtement notre amour à un être cher uniquement au regard de la beauté ou de la valeur de ses bijoux ? Si une fois dépouillé de ces accessoires, bracelets, breloques, boutons et autres bimbeloteries, l’être aimé nous paraissait ne plus être aimable, si une fois déshabillé, nous n’avions que le désir d’embrasser sa bague posée sur la table, dirions-nous que nous sommes amoureux ? Ou fétichiste ? Ainsi est-ce vraiment un crime de faire d’entrée de jeu disparaitre l’accessoire pour garder l’essentiel, pour ne pas aller au théâtre comme d’autres vont au bordel ou à la banque ! Nous, ce pluriel que j’emploie ici sans prétention, ce sont les spectateurs, nous dont la présence et le regard n’ont de raison que la déraison de l’amour que nous lui portons. Nous allons le voir pour cet Amour. Amour. Autre mot en A, d’ailleurs. Aussi. L’acteur nous tend un miroir où chacun de nous peut se voir, et il a la délicatesse de prendre nos défauts à son compte et de nous rendre la beauté d’une enfance qu’il nous laisse imaginer pure… Un dictionnaire amoureux des acteurs voilà ce qu’il faut commencer par écrire ! Ce dictionnaire sera d’abord une longue lettre d’amour aux Artistes-Auteurs, aux Baladins Bonimenteurs et aux Bouffons, tous les Comiques Clowns-Comédiens-Conteurs-Cabot-Cabotin, à tous ces Corps poétiques, Diseurs Danseurs d’Etoiles, ces Emotifs Fous et Funambules, Figurants et veilles Ficelles, Gavroche Histrions Interprètes Joueur et Jongleur, à tous ces Kamikazes Kafkaïens danseurs de Kabuki et de Kathakali, Livreurs du son des mots et d’émotions, Mime Magiciens d’imagination et Marionnettistes de nos vies,  du Nô au Nain et Nabot sublime, Orateur Parleur Passeur Pasticheur Poète Querelleur, à tous les Ravis, les Ringards et les Souriant sur ces scènes Sublimes, Stars Shakespeariennes, Tragédiens, Vedettes de rien, du vent, Walkyries de nos guerres intérieures, Xénon corps simple et rare, à tous les Yeux de ces Yogis Zazous Zoulous Zingaros de nos bohèmes, à tous les maitres Zen de nos Zénith…

 

Ah !

Cette interjection, ah, comme je m’en souviens,
C’était un poignard pour le jeune comédien.
Mais au fil du temps, ah, le plaisir du palais,
Ce souffle de la langue qui s’alanguissait !

Oh que ta disparition est douloureuse,
Avec toi, nos scènes, ont perdu une âme heureuse,
Du souffle d’Hamlet au rire de Dorine
Qui gonfle, durcit, remplit gorges et poitrines !

Cette jouissance là, d’un seul son éclatant,
A la face du partenaire, quel bel instant,
Juste avant le sublime moment de la mort !

Nos œuvres ramollissent de ta perte à tort
Au sein des poèmes de pauvres tragédies
Qui pendouillent aux frontons des lieux d’aujourd’hui.

Du souffle profond qui égaraient les amants
Jusqu’à l’ombre enchantée de sous-bois charmants,
Il nous reste un souvenir merveilleux de toi,
De ta douceur suave dans nos bouches de roi.

De ta grandeur perdue, nos corps se souviennent,
Mais cette dérision qui est faite Reine
Par la modernité ne veut plus ta sublime
Imposante Architecture ni ses rimes.

Avec le hache de ta tablette tu meurs,
Animal sacrifié dont on retire le cœur.
De nos rires, nos pleurs, on t’a tranché, gommé ! 

Sans toi qui n’es plus là, il faut continuer
D’exhaler nos profonds  soupirs d’amour sans bruit
Dans la solitude des songes de nos nuits…

Abandonnées à l’aube de l’hiver allant
Des hautes sphères, à pas lents et nonchalants
D’un théâtre vif vers une langue molle,
Modelée sans âme par une modernité folle,

Ta belle présence au souffle long nous manque,
Et les ponctuations fermes des harangues,
Qui donnaient même à nos petites croyances
Une force virile et mâle arrogance !


Al Pacino

Acteur Américain. Bien que son nom soit italien, il symbolise pour moi ce mythe du double A, l’acteur américain, fait d’une élégance et d’une décontraction qui lui permettent de jouer les héros les plus nobles et les voyous les plus veules. Parfois les deux dans le même rôle !
Amateur de théâtre autant que du cinéma, il a avec son film « Looking for Richard » réalisé sans doute un des plus beaux hommages que le septième art ait rendu au théâtre (après les enfants du paradis de Marcel Carmé.)